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28 septembre 2014

comment ça vient

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Quand

Petite et menue tu m’emmène très loin

Dans ta force je retrouve les mécaniques de

Comment ça marche les souvenirs

 

Ça pousse Ça grince

Ça pousse des cris

Ça marche comme ça peut car le temps joue contre eux

Le petit grain de sable se retrouve en montagne

L’univers tout entier se résume en un mot

Le coin d’une rue devient d’un coup l’horizon

La grande cathédrale est le temple d’une seule femme

L’obscure est enfin lumineux

Tout un pays se rassemble en un être

Les mains nous parlent et la bouche nous touche

Quand après la pluie ne vient pas le beau temps

La brume éclaire le fin fond de nos yeux

 

Ça marche comme ça pousse car les yeux ne voient pas

Le présent comme il faut Le passé comme il va.

 

28 septembre 2014

mes paupières lèvent le jour

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Tu insistes encore pour fabriquer quelque chose

Les paupières sont tirées mais tu es toujours là

Tu racontes un immeuble et tout un peuple couchés

Et  tout au bout un vide où la mer s’arrêtera

Des navires où les hommes ont la tête coupée

Une grotte où l’homme n’est jamais passé

Des comètes arrêtées dans leur course par ta voix

Des enfants immenses qui jouent toujours à la guerre

Et mon corps qui traîne comme un tapis à terre

La lune est bien belle quand tu la lèches pour moi

Et les oiseaux commencent à fabriquer quelque chose

Dans mes oreilles surprises puisque tu n’es plus là

Quand allongé j’entretiens ma position dans le lit

Comme tous les petits matins

Mes paupières lèvent le jour.

 

 

28 septembre 2014

les battants

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Tu pars comme je rentre

Et

Dans le chambranle de la porte nous croisons nos fers

La colère nous monte et les boulets nous traînent

Il ne manquerait plus que nous soyons tranquilles

Nos affronts ne sont plus aussi tendres qu’avant

Quand nous étions si tendres que nous étions plein de marques

Le temps a durci même le bout de nos poings

Et il faut voir maintenant comment ça cogne  ici

Il n’y a pas que les murs pour y laisser des traces

Il y a aussi les replis et les rides de nos faces

Où nous marquons peines et cauchemars

Tendant le bras pour mieux en atteindre le fond

Tendant la jambe aussi pour atteindre leur fard

Il n’y a rien qui reste quand nous nous battons

Quand tu rentres en moi par des faits de violence

Tu m’arraches le palais sans laisser de répit

Et il faut toute une nuit pour me débarrasser de toi

Jusqu’à ce que le réveil gagne enfin la partie

Et laisse sur l’oreiller des traces de nos peaux

Que je pourrai lire quand l’aube sera levée

Et une fois dressé je partirai comme tu rentres.

 

28 septembre 2014

vieilles peaux

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La langue prend encore une fois toute la place et ne laisse plus respirer personne

Le palais est trop encombré et trop riche Il faut retirer quelque chose

J’enlève d’abord mes outils d’abordage qui me servent à sculpter

Je retire les totems que mes ancêtres ont laissés

Je pousse les meubles par la fenêtre et les écoute s’écraser

Je casse tous les articles et bibelots poussiéreux

Je colle débris et poussières contre les meubles à l’abri de la lumière

Je fais le tour du palais pour voir si tout ça a du sens

La langue me tourne autour pour voir si tout ça a du goût

Elle me sort par la bouche et commence à parler

Ça fait longtemps que j’attends d’être neuve et bien nue

Je vais pouvoir enfin commencer ma mue

Je vais pouvoir te dire que

J’écris pour re-muer

Car muer c’est

Se débarrasser de vieilles peaux.

 

28 septembre 2014

un dans chaque pore

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Lové comme un chat au creux d’une chaise, j’arrache avec mes dents une à une mes écailles, ces mille et une brisures d’histoires qui me servent de carapace.  C’est un travail infini. J’en arrache une : toujours une autre en-dessous.

N’arriverai-je  jamais à atteindre cette peau nue qui n’attend que moi pour respirer de l’air neuf?

Atteindre l’épiderme, les pores qui transpirent quelque chose comme un être pur et sain, naïf et innocent, débarrassé enfin des fioritures du monde et de son monde, qui, à la fois se confondent, à la fois s’affrontent vers la destruction.

28 septembre 2014

présences

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On en apprend plus sur l’Homme au cœur d’une jungle ou au cœur d’un désert qu’en faisant cent fois le tour de la terre.

Face à soi-même, on est empli des autres, des Absents.

Par leur Absence, ils sont dépouillés de leurs corps déchéants, de leur parole décatie. Nous accédons enfin à leur esprit.

Au cœur de ces deux lieux vierges d’humanité, brutaux et doux à la fois, nous comprenons que l’essence de l’Homme est son indispensable et vitale nécessité de rêver.

28 septembre 2014

quel seau!

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Chevauchant mon petit seau de bois, à petits bonds, sur le trottoir vernis de verglas, d’une main leste armée d’un sabre je tranche le cou aux mauvaises têtes en criant « l’hiver est heureux !».

Je tranche dans les vitrines des lamelles qui s’enroulent jusqu’au sol en criant « respirez l’air frais ! »

Je fais du croc-en-jambe aux gens qui patinent, accrochés à un poteau, et tranche le poteau pour  que plus personne ne puisse s’y raccrocher.

Tout le monde glisse et moi je sautille, je tranche, je combats, car, si je ne combat pas l’hiver, c’est lui qui combattra.

 

28 septembre 2014

la statue

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Bouquet de flemmardises sur canapé futon

Un zeste de mouvement de paupières

Quelques poignées d’une profonde respiration épicée de tabac blond

Remuer les bras jusqu’à ce qu’ils se figent le long du corps

Me voilà prêt pour une heure de dégustation du plafond.

28 septembre 2014

un chef d’oeuvre

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J’ai encadré une toile.

Une toile d’araignée avec l’araignée.

Ça me fait un tableau vivant. Un vrai chef d’œuvre.

Il faut la voir tapie dans son coin attendant sa proie.

Il faut la voir trotter jusqu’à la mouche qui s’est prise au piège.

Il faut surtout la voir sortir du cadre pour partir à l’aventure. Elle n’a peur de rien. Elle s’immisce dans les fissures les plus obscures. Aucun danger ne l’arrête.

Parce qu’elle sait que son cadre l’attend avec sa toile moelleuse.

28 septembre 2014

le regard

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Tous les jours je me refaisais la face.

Je la malaxais, la triturais, la modelais selon les affres du jour, selon le tableau que dessinait le quotidien.

Jour beau, face belle.

Jour affreux, face affreuse.

Un jour que le temps était à l’horrible, je me suis malaxé une face adéquate.

Mais, quand je l’ai amenée devant le miroir j’ai poussé un cri d’horreur. C’en était trop. C’était insupportable.

J’ai donc décidé de me refaire une face belle quoi qu’il en soit.

Et quand je me suis cadré dans le tableau du quotidien tout autour de moi s’est mit à changer. Le noir obscur devint éclatant. Les monstres se muèrent en gargouilles. Les choses abstraites et angoissantes devinrent des questions.

Depuis, c’est mon regard que je triture.

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